De l’Europe au Canada : des solutions durables qui fonctionnent
Journey Toward Impact (Parcours vers l’impact) est une série qui met en lumière les partenariats facilités par le projet Low Carbon and Circular Economy Business Action in Canada (LCBA Canada), financé par l’Union européenne. En reliant les innovateur·rice·s européen·ne·s des technologies propres à des entreprises et des communautés canadiennes, LCBA Canada contribue à transformer des idées prometteuses en partenariats concrets, au service de la décarbonation et de la transition vers une économie circulaire. Le parcours de KiRa Technology illustre comment l’innovation européenne, portée par une collaboration soutenue par l’UE, produit un impact tangible de part et d’autre de l’Atlantique.
Certaines entreprises naissent d’un plan d’affaires. KiRa Technology est née de ce que Fabio Pellegrini appelle joyeusement une idée folle entre un père et son fils. Tous deux viennent d’univers radicalement différents. Fabio est ingénieur en mécanique et a passé des années dans le secteur automobile, tandis que son père, Piergiorgio, a été responsable informatique et programmeur dès les années 1970, avant d’acquérir de l’expérience dans le secteur du bâtiment écologique. En 2014, dans leur petite ville de Forlì, dans le nord de l’Italie, ils se sont assis ensemble devant une feuille blanche.
« Nous voulions créer quelque chose de complètement nouveau : un appareil capable de transformer les résidus de biomasse en énergie pour les foyers. Nous sommes partis d’une feuille blanche et avons conçu nous-mêmes chaque pièce du système », explique Fabio.
Le duo voulait reproduire une sorte de poêle pyrolytique aperçu dans une vidéo YouTube. De cette expérimentation est née une décennie d’ingénierie rigoureuse.
L’idée s’enracinait dans un secteur que la famille connaissait déjà, ce qui a aidé. Fabio a grandi dans une région rurale où son grand-père tenait une petite ferme de loisir, pressant l’huile d’olive et le vin de la famille. « Mon père et moi sommes très attachés à la nature et à la montagne », dit-il. « Nous avons une relation profonde avec l’environnement, et l’idée est née de quelque chose que nous ressentions au fond de nous. » Quitter un poste exigeant chez Ferrari, loin de chez lui, pour revenir fonder à la fois une famille et une entreprise était, selon lui, la chose la plus naturelle à faire.
Rien de tout cela n’est allé vite. Il a fallu de 2014 à 2023 — près de dix ans — pour passer du prototype au marché, avec le soutien d’une petite subvention régionale à l’amorçage et d’une bonne dose de patience.
Que cache un nom ?
Le nom KiRa résume toute une philosophie en deux syllabes. « Ki, c’est le concept japonais d’énergie », explique Fabio, « et Ra, le dieu solaire égyptien. L’idée, c’est que tout vient du soleil : le soleil fait pousser les plantes, et nous utilisons les plantes pour produire de l’énergie ; nous exploitons donc l’énergie du soleil de manière indirecte. »
Une petite machine, une grande idée
Le produit, baptisé BioGS-1.0, est un micro-cogénérateur à biomasse compact, à peu près de la taille d’un congélateur domestique, qui produit simultanément de l’électricité et de la chaleur. Son combustible : des résidus de biomasse végétale — bois résiduel et déchets agricoles, forestiers ou industriels qui seraient autrement jetés —, d’abord transformés en granulés. Son ingéniosité tient à ce qu’il fait de ces granulés. Plutôt que de simplement les brûler, l’appareil les gazéifie : il les chauffe avec très peu d’air pour libérer un gaz combustible qui actionne un moteur Stirling.
Une seule unité peut fournir jusqu’à 24 kWh d’électricité et jusqu’à 160 kWh de chaleur par jour, avec un rendement global supérieur à 95 %, en fonctionnant silencieusement, hors réseau ou raccordée au réseau. Le troisième produit apporte la touche circulaire : le biochar. Mélangé à la terre, il aide le sol à retenir l’eau, si bien que les cultures poussent avec moins d’irrigation et moins d’engrais. KiRa propose même une petite boucle locale : quelques exploitations mettent en commun leurs déchets, les transforment une fois en granulés, se partagent ces granulés, produisent de l’énergie, puis restituent le biochar à la terre avant de recommencer le cycle.
Traverser l’Atlantique
L’entreprise n’a jamais attendu que le marché vienne à elle. Surtout par le bouche-à-oreille et via son propre site web, elle avait déjà installé des unités chez des « adopteur·rice·s précoces » en Italie, en France, en Finlande, en Suède et au Japon. Depuis 2024, elle bâtit délibérément un réseau de revendeur·euse·s à l’étranger, ouverte à de nouveaux partenariats partout où ils se présentent. Aussi, lorsque le projet Low Carbon Business Action (LCBA) Canada l’a approchée, l’entreprise s’est montrée immédiatement intéressée. Grâce au projet LCBA Canada, financé par l’Union européenne, KiRa a identifié le Canada comme un marché stratégique et a été mise en relation avec des partenaires canadien·ne·s potentiel·le·s.
Le Canada, souligne Fabio, « est le berceau du granulé de bois » : un pays doté d’une biomasse abondante, où de nombreux foyers échappent au réseau et où les hivers, bien plus rudes qu’en Méditerranée, empêchent les panneaux solaires à eux seuls d’assurer l’autonomie énergétique. Cela correspondait à un besoin que KiRa comprenait déjà. Une poignée de sa clientèle vit déjà entièrement hors réseau, et le discours de l’entreprise a évolué en conséquence. « Réduire la facture énergétique n’est plus notre principal argument », dit Fabio. « Pour les personnes sans raccordement au gaz ni au réseau, notre machine offre l’indépendance énergétique. »
À cela s’ajoute un bilan environnemental favorable, autre atout du modèle : chaque unité séquestre environ 13,7 kg d’éq. CO₂ par jour par rapport à un système micro-diesel classique, tout en restituant au sol un biochar riche en carbone.
Grâce à la mise en relation assurée par LCBA Canada, KiRa a signé plusieurs lettres d’intention avec des entreprises canadiennes — les premiers pas concrets vers l’arrivée de la technologie de l’autre côté de l’Atlantique. Les engagements vont d’une unité de démonstration unique à un déploiement de plusieurs unités : un partenaire envisage de devenir le·la représentant·e commercial·e de KiRa au Canada, tandis qu’un autre s’appuie sur l’assistance technique pour rechercher un financement en vue d’une première installation.
Les deux parties contribuent, les deux parties en profitent
Avec ce type de partenariat, la valeur circule sans conteste dans les deux sens. KiRa ne peut toutefois pas piloter des activités canadiennes depuis un atelier italien : l’installation, la maintenance et le service après-vente doivent tous se faire sur place. L’entreprise a besoin de partenaires capables d’assumer ce volet. En retour, KiRa apporte une technologie éprouvée depuis près de dix ans et une gamme de produits qu’un partenaire canadien peut représenter ; les partenaires apportent leur connaissance du marché, leurs capacités sur le terrain et, dans plusieurs cas, un objectif clair d’autodétermination énergétique. Les deux parties contribuent ; les deux parties en profitent.
« L’un des aspects les plus gratifiants de notre travail, c’est de voir comment une simple mise en relation peut se transformer en véritable partenariat. En reliant les innovateur·rice·s d’Europe à des partenaires du Canada, nous aidons des solutions durables à passer de l’idée à l’impact concret. »
— Jose Canjura, chef d’équipe de projet, LCBA Canada
Ces partenariats illustrent aussi l’objectif plus large du soutien de l’Union européenne à LCBA Canada : aider des PME européennes innovantes à se développer à l’international tout en contribuant à la transition du Canada vers une économie bas carbone et circulaire.
Les prochaines étapes
Malgré toutes ces promesses, Fabio reste lucide sur la situation : personne, il l’a appris, ne signe de contrat pour une machine qu’il n’a pas vue fonctionner. « Tout commence par un pilote quelque part », dit-il — et c’est précisément là que se dirigent les partenariats canadiens. L’étape décisive suivante est une démonstration financée en sol canadien, et l’entreprise recherche actuellement les fonds nécessaires pour la concrétiser.
Un parcours vers l’impact
Il y a loin d’un atelier au bord de l’Adriatique aux foyers et exploitations hors réseau du Canada. KiRa reste petite : deux fondateurs, une personne salariée, une douzaine d’unités dans le monde, et Fabio est le premier à reconnaître que l’entreprise n’est pas encore rentable. Mais la conviction qui l’a fait naître il y a dix ans demeure intacte : chacun·e peut, et devrait, prendre part au changement. Pour KiRa Technology et ses partenaires canadien·ne·s, ces accords marquent le début d’un parcours vers l’impact, où l’innovation européenne et le leadership canadien se rejoignent pour mettre l’indépendance énergétique à la portée des communautés qui la souhaitent le plus.