De l’Europe au Canada : des solutions durables qui fonctionnent
Journey Toward Impact (Parcours vers l’impact) est une série qui met en lumière les partenariats facilités par le projet Low Carbon and Circular Economy Business Action in Canada (LCBA Canada), financé par l’Union européenne. En reliant les innovateur·rice·s européen·ne·s des technologies propres à des entreprises et des communautés canadiennes, LCBA Canada contribue à transformer des idées prometteuses en partenariats concrets, au service de la décarbonation et de la transition vers une économie circulaire. Le parcours de Submer — d’une start-up barcelonaise à un partenaire de refroidissement pour le secteur en pleine expansion des centres de données au Canada — illustre comment l’innovation européenne, portée par une collaboration soutenue par l’UE, produit un impact tangible de part et d’autre de l’Atlantique.
Certaines entreprises naissent d’un plan d’affaires. Submer est née dans une pataugeoire. Il y a onze ans, par une chaude journée catalane, deux amis se rafraîchissaient dans une piscine pour enfants lorsque l’un lança à l’autre une question qui allait devenir une entreprise : et si l’on faisait la même chose avec des serveurs ? L’un d’eux connaissait très bien le problème : il avait bâti son propre centre de données à 18 ans et l’avait vendu à Telefónica, mesurant de première main l’énergie qu’il fallait simplement pour empêcher les machines de surchauffer.
« Ils étaient littéralement assis dans une piscine », se souvient Gabriel Lazar, responsable du développement durable chez Submer.
Impossible, bien sûr, d’utiliser de l’eau sur des serveurs en fonctionnement : les premières expériences ont donc fait appel à des fluides spéciaux non conducteurs. De ce départ improbable est née une décennie d’ingénierie rigoureuse : la technologie en est aujourd’hui à sa cinquième ou sixième version, affinée au fil de déploiements réels à grande échelle. « Cela demande beaucoup d’essais, de bricolage et d’adaptation aux réalités d’un vrai centre de données », dit Gabriel.
Basée à Barcelone et forte aujourd’hui d’environ 150 personnes, Submer est devenue l’un des noms reconnus du refroidissement liquide pour centres de données. L’entreprise est allée bien au-delà de la seule technologie et envisage désormais le centre de données de bout en bout car, comme le résume Gabriel, « tout a un impact sur tout le reste ».

Une manière plus intelligente de gérer la chaleur
Pour comprendre l’intérêt du refroidissement par immersion, il faut partir d’un principe physique fondamental : le froid n’existe pas ; il n’y a que le retrait de la chaleur, qui peut être déplacée d’un endroit à un autre, mais jamais détruite. Dans un centre de données classique, cette tâche revient à l’air : de l’air frais traverse chaque serveur, capte la chaleur, puis est évacué par un circuit d’eau glacée et des unités de climatisation qui la rejettent dans l’atmosphère. La méthode a fait ses preuves, mais elle est énergivore et dépend de gaz réfrigérants nocifs en cas de fuite.
Elle atteint aussi ses limites. Une baie de serveurs classique produit 8 à 9 kilowatts de chaleur, mais les baies conçues pour l’intelligence artificielle atteignent 120 à 150 kilowatts — plus de quinze fois plus — et leurs puces commencent à défaillir au-delà de 80-90 °C. Au-delà d’une certaine densité, l’air ne peut tout simplement pas évacuer la chaleur assez vite. La réponse de Submer, ses systèmes d’immersion modulaires SmartPod, consiste à immerger les serveurs directement dans un liquide non conducteur qui absorbe et déplace la chaleur bien plus efficacement, supprimant dans bien des cas tout besoin de réfrigération mécanique.
Les gains d’efficacité sont considérables. La conception ramène la consommation directe d’eau proche de zéro, fonctionne en circuit fermé sans évaporation et tient toute l’année, même dans les climats chauds et secs comme l’Arizona ou Valence, et pas seulement dans les régions froides du nord où se sont traditionnellement regroupés les centres de données. La chaleur résiduelle, au lieu d’être perdue, peut être captée et réutilisée.
Traverser l’Atlantique
Submer n’a jamais attendu que le marché vienne à elle. Depuis son siège de Barcelone, avec d’autres sites à Houston et à Taipei et des équipes présentes jusqu’au Moyen-Orient et en Inde, l’entreprise prévoit de presque doubler de taille au cours de l’année à venir. Elle s’est donc montrée réceptive lorsque, lors d’un forum d’investissement dans les technologies propres en Espagne, Gabriel Lazar a rencontré l’équipe du projet Low Carbon Business Action Canada. Leur conversation revenait sans cesse sur un thème qui redessine aujourd’hui le secteur : la souveraineté.
De plus en plus, les pays veulent que leurs données — et l’intelligence artificielle qui en découle — restent à l’intérieur de leurs frontières, dans leurs propres langues et sous leur propre contrôle. Cela correspond aussi à la manière dont Submer préfère travailler : régionaliser chaque projet, souvent par des coentreprises, afin que le contrôle et la conformité demeurent entre des mains locales. Le Canada est lucide à ce sujet : il n’est pas une superpuissance, mais un pays conscient d’avoir besoin de partenaires de confiance et d’une façon plus propre, plus dense et plus efficace de construire les centres de données qu’exige une IA souveraine.
Grâce à cette mise en relation, Submer a signé plusieurs lettres d’intention avec des entreprises canadiennes de centres de données désireuses de faire autrement — les premiers pas concrets vers l’arrivée de la technologie de l’autre côté de l’Atlantique. Des discussions sont actuellement en cours pour élargir le partenariat à d’autres entreprises à travers le pays.
Les deux parties contribuent, les deux parties en profitent
Avec ce type de partenariat, la valeur circule dans les deux sens. Submer ne peut pas construire et exploiter des centres de données canadiens depuis Barcelone : il lui faut une présence locale, des partenaires locaux et une confiance locale. En retour, elle apporte une technologie éprouvée depuis plus de dix ans, une solide expertise en développement durable et une gamme de produits qu’un partenaire canadien peut commercialiser. La partie canadienne apporte sa connaissance du marché, ses capacités sur le terrain, un vaste réseau et, dans plusieurs cas, un objectif clair d’infrastructures souveraines et pilotées par les communautés. Les deux parties contribuent ; les deux parties en profitent.
« L’un des aspects les plus gratifiants de notre travail, c’est de voir comment une simple mise en relation peut se transformer en véritable partenariat. En reliant les innovateur·rice·s d’Europe à des partenaires du Canada, nous aidons des solutions durables à passer de l’idée à l’impact concret. »
— Jose Canjura, chef d’équipe de projet, LCBA Canada
Ces partenariats illustrent aussi l’objectif plus large du soutien de l’Union européenne à LCBA Canada : aider des PME européennes innovantes à se développer à l’international tout en contribuant à la transition du Canada vers une économie numérique plus souveraine et circulaire.

Les prochaines étapes
Malgré cet élan, Gabriel reste lucide sur la situation. Les discussions sont avancées mais, comme pour toute décision d’infrastructure majeure, une grande partie « doit encore se concrétiser — la clientèle a encore besoin de toucher et d’éprouver le produit ». La prochaine étape consiste à passer des lettres d’intention à de véritables déploiements en sol canadien, le projet LCBA Canada contribuant à accélérer la mise sur le marché. Il s’agit, au fond, d’être au bon endroit au bon moment — et, après une décennie d’ingénierie patiente, Submer croit que c’est le cas.
Un parcours vers l’impact
Il y a loin d’une pataugeoire de Barcelone aux centres de données qui alimentent les ambitions du Canada en matière d’IA. Submer se trouve à un point d’inflexion : environ 150 personnes, une croissance rapide et, selon ses propres mots, un carnet de commandes qui « explose dans toutes les directions ». Mais la conviction qui l’a fait naître n’a pas changé : l’infrastructure de l’ère numérique peut être conçue pour durer 30 ou 40 ans, efficacement et durablement, plutôt qu’érigée pour le seul présent. Pour Submer et ses partenaires canadien·ne·s, ces accords marquent le début d’un parcours vers l’impact, où l’innovation européenne et le leadership canadien se rejoignent pour bâtir un avenir numérique plus propre et plus souverain.